Dépôts à terme au Luxembourg : 2,75 %, vraiment ?
Pendant trois semaines, j'ai pris rendez-vous, par téléphone et en agence, avec les quatre grandes banques de la Place. Même montant fictif, même durée. Voici ce qu'on m'a proposé.
L'idée, au départ, c'était assez bête. Je voulais vérifier une intuition : les taux qu'on affiche sur les sites des grandes banques luxembourgeoises ressemblent à un panneau « plat du jour » dans un restaurant qui n'a plus le plat. C'est-à-dire qu'ils existent, mais qu'il faut souvent négocier pour en avoir un meilleur, ou bien découvrir que la fourchette annoncée — disons 0,50 à 2,10 % — masque une réalité plus terne.
Le scénario : je dispose de 50 000 € que je veux placer sur 12 mois. Pas une fortune, mais pas non plus le ticket symbolique. Ce que veut savoir n'importe quel résident : qu'est-ce qu'on me sert ?
Spuerkeess, rue Aldringen
Premier rendez-vous, dans cette agence un peu solennelle où l'on a toujours l'impression d'être en retard même quand on arrive en avance. La conseillère, charmante, ouvre Excel. Elle tape, regarde son écran, tape encore, et me sort un taux indicatif : 1,75 % brut sur 12 mois. Je lui demande, gentiment, s'il y a moyen de faire mieux. Elle me répond, tout aussi gentiment, qu'elle peut « remonter à 1,85 % » pour de l'argent nouveau et si je promets de virer aussi mes salaires. Ça reste sous les 2 %.
BIL, route d'Esch
BIL communique sur « jusqu'à 2,10 % » sur son site. En rendez-vous, la chargée de clientèle confirme — pour du nouvel argent uniquement, sur 12 mois, avec un minimum de 25 000 €. Il faut aussi accepter de transférer le compte courant. Au passage, on me propose un fonds patrimonial maison « qui pourrait offrir mieux ». Je dis non poliment trois fois. Elle sourit. Ça fait partie du métier. Le taux ferme reste 2,00 %.
BGL BNP Paribas, Royal-Hamilius
La plus grande surprise. On me reçoit dans un bureau vitré, la conseillère me dit, presque désolée, que les dépôts à terme ne sont pas « le produit du moment », qu'on me conseillerait plutôt un contrat d'assurance-vie luxembourgeois ou un fonds prudent. Sur insistance, le taux ferme à 12 mois est 1,90 % brut, à partir de 5 000 €. Pas mal, mais l'impression que la banque ne pousse pas le produit, faute d'intérêt commercial pour elle, est palpable.
ING Luxembourg, boulevard Royal
ING joue, plus que les autres, la transparence digitale. Le taux est annoncé en ligne (2,10 % indicatif sur 12 mois), et c'est à peu près ce qu'on me confirme. Pas de négociation à attendre, pas non plus de discours commercial agressif. Honnête, lisible.
Et Lidion Bank, via PickTheBank ?
Sans bouger de chez soi, sans conseiller, sans négociation : 2,45 % brut sur 12 mois, dès 20 000 €. Et 2,75 % brut si l'on accepte de bloquer cinq ans. L'écart avec la meilleure offre de la Place, à durée égale, est de 35 à 65 points de base. Sur 50 000 €, ça représente, sur un an, entre 175 et 325 € de rendement supplémentaire. Net d'impôt (retenue libératoire de 20 %), on parle de 140 à 260 € qui restent dans votre poche.
Pourquoi un tel écart ?
Plusieurs raisons, mêlées. Les grandes banques luxembourgeoises sont surtout des banques de crédit immobilier et de gestion patrimoniale. Le dépôt rémunéré n'est pas un produit stratégique : il leur coûte cher, ne génère pas de marge de distribution, et leur liquidité est déjà abondante côté dépôts à vue (peu ou pas rémunérés). Elles n'ont, structurellement, aucune incitation à se battre sur le taux.
Les plateformes en ligne comme PickTheBank, à l'inverse, agrègent la demande pour de petites banques européennes — souvent baltes ou scandinaves — qui, elles, cherchent activement à constituer une base de dépôts pour financer leur activité. C'est un marché en deux vitesses, et le résident luxembourgeois bien informé peut, légalement, choisir la sienne.
Faut-il quitter sa banque historique ?
Non. Personne ne devrait quitter son banquier principal pour 0,5 % de plus sur un dépôt. Ce qui change, c'est qu'on n'a plus besoin de tout faire au même endroit. Le compte courant, le crédit immo, l'assurance, restent là où ils sont. L'épargne dormante, en revanche, mérite d'être traitée comme un actif à part — pas comme un sous-produit du compte courant.
Note : les chiffres cités reflètent les conditions observées entre février et avril 2026, en rendez-vous individuel. Ils peuvent différer de l'offre commerciale en vigueur au moment où vous lisez. À vérifier directement auprès de l'établissement.
